The Good Immigrant, Nikesh Shukla

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« The Good Immigrant » est un ensemble d’articles écrits par des personnalités britanniques (écrivain.es, comédien.nes, stylistes etc) issu.e.s des secondes et troisièmes générations d’immigrés, qui se racontent à la lumière du fait qu’ils sont, irrémédiablement, toujours renvoyés à leurs origines ‘étrangères’. L’ouvrage est coordonné par Nikesh Shukla. Une version américaine devrait également bientôt voir le jour.
Nikesh Shukla
Photo : The Reader Berlin
Pour l’instant, je ne crois pas que nous ayons un équivalent français, et c’est pour ça que ça vaut le coup de se pencher sur cette oeuvre, qui fait écho à l’histoire de l’immigration à la française.
Ce livre est important car si je regarde ma situation personnelle, bien qu’alertée depuis assez jeune sur les défis posés par leurs origines aux immigrés et à leurs descendants dans nos sociétés occidentales, dans la vie, concrètement, les exemples de différences de traitement m’ont longtemps échappés.  Je savais que de telles différences existaient, et pourtant, pendant longtemps, peu de cas concrets m’ont permis d’en prendre la mesure. 
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C’est en arrivant à la fac et, plus tard, en partant vivre en Angleterre que j’ai réalisé à quel point nos vies n’étaient pas les mêmes, qu’on soit né de parents de type caucasien ou nés de parents issus de l’immigration. En fait, plus j’y pense, plus je me rends compte avec stupéfaction qu’hormis pendant mes premières années à l’école primaire, dans un quartier populaire de Lyon où les blancs se comptaient sur les doigts d’une main, l’essentiel de ma vie et de ma scolarité a été marquée par une frappante absence de mixité, où les non-blancs se comptaient sur les doigts d’une main.
C’est donc une fois adulte, ou presque, que j’ai pu remarquer que concrètement, tout le monde ne bénéficiait pas du même traitement. Et c’est en cela que ce livre est très éclairant. Il met des mots – à base d’exemples concrets et qui peuvent paraitre anodins – sur la difficulté de se construire dans une société où l’on est pas ou peu représenté, ou du moins où l’on ne peut s’identifier aux personnes qui ont voix au chapitre dans les médias, où le seul visage de l’immigration qui nous est donné à voir est plus souvent celui des fauteurs de troubles que de personnalités inspirantes.
Le clivage social demeure
La vérité c’est qu’encore aujourd’hui, la plupart des postes à haute responsabilité sont détenus par des hommes blancs. La plupart des professeurs, et surtout dans l’enseignement supérieur, sont blancs. Les médecins spécialistes (du moins en France) sont blancs. La majorité des écrivains à succès, dont on fait l’article dans des revues de littérature, sont blancs.
La question n’est pas de médiatiser des personnes issues de l’immigration afin de simplement satisfaire les quotas. L’enjeu, c’est la représentation de la mixité sociale et ethnique, qui construit dès notre plus jeune âge notre estime de soi, qui façonne nos projets etc.

Des témoignages poignants

C’est aussi ce que raconte l’auteure nigériane, citée dans cet ouvrage, Chimamanda Ngozi Adiche de ses souvenirs d’enfance, marqués par une imagerie dominée par des personnages blancs, auxquels il était impossible de s’identifier. Impossibilité donc, de s’identifier à la culture dominante, ce qui renvoie des signaux forts d’invisibilité dans un contexte social global. On évolue dans une société où le blanc détient la valeur d’universel, où « the default is white », et c’est tellement ancré que souvent, on n’est pas amené à questionner tout ça.
L’un des articles souligne par exemple le fait que nos sociétés occidentales sont imprégnées de traditions venant de pays anciennement colonisés. On ne s’aperçoit souvent plus de ce phénomène d’appropriation, tant ces éléments sont assimilés à la culture occidentale, sans jamais qu’on leur reconnaisse leur identité d’origine. Ça a lieu dans la gastronomie, la mode, la musique etc, et c’est ce procédé qui fait, selon l’auteure du dit article (Sabrina Mahfouz), que la domination coloniale se perpétue.
Ce qui m’a frappé lors de mes années en Angleterre, c’est le fait que mes amis issus de l’immigration (indienne, turque, pakistanaise, etc) me racontent sur le ton de l’anecdote les moments assez récurrents, passés dans des aéroports lors de voyages internationaux, à se faire fouiller, contrôler, interroger, simplement à cause de leur nom et de leur faciès. Comment supporte t-on de vivre dans des pays où on est né, où on habite depuis des années, qui considère toujours que vous n’êtes pas chez vous, que vous êtes un potentiel délinquant? Cette ouvrage pose ces questions fondamentales, et bien d’autres encore. 

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