Le consentement, Vanessa Springora

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Cet ouvrage, sorti en décembre 2019, est un véritable roman-coup de poing. À travers les pages – qui se dévorent en un clin d’oeil tant l’écriture est fluide et spontanée – on découvre l’adolescence traumatisante de l’autrice, qui interroge sans détour la volonté de notre société à protéger ses enfants des prédateurs sexuels. 

Vanessa a 13 ans lorsqu’elle fait la connaissance de l’écrivain Gabriel Matzeff, à un dîner où sa mère, qui travaille à l’époque dans l’édition, l’a emmenée. Séduite par l’aura cérébrale de cet homme dans la fleur de l’âge et au sommet de sa gloire, elle tombe très vite dans ses bras.

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Photo : Le Parisien

Détournement de mineur dans l’indifférence générale

Le roman retrace donc la chronologie de cette romance d’une année, mais également la descente aux enfers de Vanessa. Après les premiers émois et la découverte de la sexualité, elle se sent très vite écrasée, salie par cet homme qui lui vole dans son adolescence. Ce qui horrifie, c’est la description d’une relation amoureuse et de rapports sexuels entre une adolescente de 13 ans et un homme de 50 ans, qui, loin d’être tenue secrète, se construit à la vue de tous : les parents de la jeune Vanessa, ses professeurs, ses amis, ceux de Gabriel Matzneff etc., tous savent…et se taisent. Passées les interrogations suscitées par la formation du couple, l’entourage de Vanessa Springora comme celui de Gabriel Matzneff semblent prendre leur parti de cette relation, certes singulière, mais apparement si passionnelle. Alors que Vanessa sèche les cours et commence à décrocher scolairement, l’un de ses professeurs lui aurait même donné un rendez-vous… pour lui demander un autographe de son idole !

Onde de choc

En réalité, Gabriel Matzneff n’avait jamais caché son goût pour les jeunes femmes et les jeunes hommes, ce qu’il assumait publiquement, y compris dans ses romans comme dans Les moins de seize ans, sorti en 1974. Ce qui parait incroyable, c’est que jusqu’à la sortie du Consentement, cela ne semblait choquer personne. Pire encore, les artistes comme Matzneff ont réussi à faire accepter leurs penchants pédophiles à la société toute entière, en invoquant création artistique et libération des moeurs.

Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert en lisant le Consentement qu’une tribune pro-pédophilie rédigée par Matzneff lui-même avait été signée par d’éminents intellectuels de l’époque: Simone de Beauvoir, Roland Barthes ou encore Louis Aragon. Vanessa Springora également la séquence de l’émission Apostrophe de 1990 au cours de laquelle Matzneff s’était targué de n’attirer que les très jeunes femmes, sous l’oeil amusé de Bernard Pivot et des autres invités. Il y affirmait qu’il n’avait “aucun succès auprès des femmes de 25-30 ans“. ” Une fille de 15 ans, ou très jeune, est plus gentille, même si elle devient très vite hystérique et aussi folle que lorsqu’elle sera plus âgée“. Seule Denise Bombardier, romancière et chroniqueuse canadienne, s’était insurgée contre cette apologie de la pédophilie à peine dissimulée.

Le Consentement a donc été un véritable tsunami dans le monde de la littérature et de l’art en général. En déterrant les délits commis par Matzneff, Springora questionne la manière dont la société considère le viol sur mineur.

” Pour l’amour de l’art “

” En dehors des artistes, il n’y a guère que chez les prêtres qu’on ait assisté à une telle impunité. La littérature excuse-t-elle tout ? ” Vanessa Springora, Le Consentement.

Ce roman difficile mais nécessaire aura eu le mérite de faire trembler la petite planète de l’édition et d’alimenter de manière positive les débats actuels sur l’homme et son oeuvre. Concernant l’écrivain accusé du viol sur personnes de moins de 15 ans, le verdict aura été sans appel. Certaines oeuvres ne pourront plus êtres lues. En effet, évènement historique : les éditions Gallimard ont interrompu début 2020 l’arrêt de la commercialisation du Journal de Matzneff, suivies par trois autres maisons d’édition, Stock, La table ronde et Léo Scheer.


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