Coronavirus : inégaux face au confinement

confinement

Il y a un peu plus de deux semaines, je publiais un premier article sur le covid-19, m’interrogeant sur les enjeux soulevés par cette épidémie (devenue depuis pandémie). Aujourd’hui, les évènements ont pris une tournure inédite en France, depuis le discours du chef de l’état du 16 mars. Devant 35 millions de téléspectateurs, Emmanuel Macron a annoncé hier soir de nouvelles mesures visant à confiner les français pour une durée d’au moins 15 jours. Une décision dont les conséquences revêtent de profondes dimensions sociales. 

Le privilège de pouvoir se mettre au vert

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Entre le dimanche 15 et le lundi 16 mars, des milliers de parisiens (et autres habitants de grandes agglomérations) ont pris la poudre d’escampette direction leurs maisons de campagne, au risque de s’attirer les foudres des autorités sanitaires. Car en prenant les transports en commun et en s’établissant dans des zones où le virus n’a pas encore été détecté, le risque de propagation est bien réel… Mais au fond, qui peut blâmer ces familles qui ont choisi de passer les prochaines semaines dans de plus vastes maisons avec jardin ? Le télétravail étant devenu la norme depuis quelques jours pour bon nombre de concitoyens, occuper ses enfants ( et éviter ceci) est devenu pour les parents une question de survie.

Il n’empêche que cela en dit long sur les fractures qui perdurent dans notre société. Dans les grandes villes, certaines familles vivent au quotidien resserrées dans des espaces exigus. À quoi vont ressembler les semaines à venir pour eux ? Cette situation inédite illustre une réalité sociale malheureusement toujours d’actualité : les plus modestes, particulièrement en milieu urbain, n’ont accès ni à l’intimité, ni à un espace bien à eux pour se ressourcer. L’espace est vecteur de confort, de repos de l’esprit mais aussi d’une solitude propice à un ennui vertueux ,et à des élans de créativité. Les sociologues Pinçon-Chalot, évoquaient dans Les Ghettos du gotha (2007) les liens entre espace et rapport au corps en rappelant à l’inverse la difficulté à se construire dans des logements étriqués où le corps est sans cesse exposé aux regards extérieurs.

On imagine donc les ravages d’une période de confinement sur les relations familiales, qui laisse par ailleurs craindre une explosion des violences domestiquesPour beaucoup, le confinement est donc loin d’être un évènement anodin, synonyme de retour à la nature et favorable au repos.

Faire société : quelle place pour les plus vulnérables ?

Cette mesure remet au goût du jour certaines questions restées à ce jour irrésolues. Que faire des plus fragiles d’entre nous, qu’ils soient âgés, isolés, porteurs de handicap ou sans domicile fixe ?

On estime à 300 000 le nombre de personnes de plus de 60 ans en situation d’exclusion familiale, amicale ou numérique en France. Certaines ne voient personne de la journée et vivent repliés sur elles-mêmes.

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Pour les personnes porteuses de handicaps, visibles ou invisibles, l’espace public reste pour elles un terrain miné. On le sait, beaucoup d’entre elles renoncent à de nombreuses activités sociales et ne peuvent parfois jouir d’un véritable accès aux soins, chaque sortie prenant souvent des allures de parcours du combattant. Quant aux sans-abris, dont le nombre dépasse les 250 000 en France, le quotidien se résume souvent à dormir dehors ou dans sa voiture, les centres d’hébergement étant saturés.

Comment aborder ces semaines de confinement en prenant garde à ne pas laisser de côté les personnes les plus fragiles et/ou précaires ? Plusieurs initiatives ont déjà vu le jour dans les copropriétés d’immeubles pour proposer aux voisins âgés ou incapables de se déplacer de leur apporter à domicile courses ou médicaments. Un élan de solidarité bienvenu, mais hautement dépendant du type de relation qu’on entretient avec ses voisins…

Quant aux sans-abris, migrants et personnes vivant dans des habitations insalubres  ne permettant pas de se plier aux consignes d’hygiène et de sécurité, les associations craignent une catastrophe sanitaire et sociale. Réquisitionner les logements vides pourrait être une solution… qu’on regrette de ne pas voir envisagée le reste du temps…

Personnels en première ligne : smicards et salariés peu ou pas qualifiés

On le sait, le corps soignant est actuellement en première ligne. L’épidémie de Corona virus rend donc d’autant plus visibles les stéréotypes sociaux et de genre sur la division du travail.

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Les emplois d’infirmier et d’aide-soignant, souvent mal rémunérés et peu reconnussont occupés par 78 % de femmes. Il en va de même pour les personnels soignants en Ehpad.  En période de crise sanitaire, l’histoire se répète et pour le bien commun, les femmes répondent présentes pour porter assistance à la population.

Elles sont également nombreuses à occuper des postes de caissière dans les supermarchés. Elle ne sont bien-sûr pas les seules. L’épidémie de Corona virus révèle les hiérarchies sociales à l’oeuvre : chauffeurs de bus, conducteurs de train, caissiers, personnels chargés de mise en rayon dans les supermarchés ne bénéficieront pas des mêmes mesures que les cadres, invités à télétravailler.

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À travers ce prisme, le confinement – invitation à prendre soin de soi et de son entourage – exclue les salariés peu ou pas qualifiés qui assureront le service tant bien que mal ces prochaines semaines. Pour l’heure, il ne faut pas aller bien loin pour constater que beaucoup n’ont pas encore reçu de masques et gants pour se protéger efficacement contre le virus pendant leurs heures de travail… Aberrant ? Tant que les télé-travailleurs peuvent aller faire leurs courses, qui s’en émeut ? Bien que nous n’ayons guère le choix que de laisser les supermarchés et transports fonctionner durant cette période, cette réalité en dit long sur la manière dont notre société considère certains individus et corps de métiers.


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