Three women, Lisa Taddeo

Elles sont trois. Sloane, Maggie et Lina. Trois femmes qui vivent aux États-Unis, viennent d’états et de milieux sociaux différents. Il aura fallu plus de 8 ans à Lisa Taddeo pour écrire ce roman, nourri par des années de recherches auprès de femmes qui ont témoigné sur leur sexualité, le rapport à leur corps, aux hommes, aux femmes. Trois d’entre elles ont accepté que leur histoire donne lieu à un roman. 

Lisa Taddeo

Le roman offre une plongée dans les eaux troubles de la vie de ces femmes, où se mêlent non-dits, tabous, désir, trahisons, violences émotionnelles et physiques parfois. Où surtout, l’inégalité entre hommes et femmes tient une place de choix. Des témoignages dans lesquels chaque femme est malheureusement amenée à se reconnaitre.

“One inheritance of living under the male gaze for centuries is that heterosexual women often look at other women the way a man would.” 

Maggie Wilken est certainement le personnage qui marque le plus, car elle a subi la violence médiatique et institutionnelle de plein fouet. Son visage poupin a été livré en pâture aux journaux et à la télévision de Fargo, ville de 120 000 habitants située dans le Dakota du Nord. Car Maggie a attenté un procès contre son professeur d’anglais de lycée, Aaron Knodel

Taddeo a rencontré Maggie lorsqu’elle avait 23 ans, au moment où le procès commençait. Wilken vient d’une famille modeste. Ses parents sont aimants, mais alcooliques et dépassés par la rudesse du quotidien. À 17 ans, Maggie est une proie idéale. Peu sûre d’elle, harcelée au lycée, Knodel l’encourage à se confier à lui, la séduit, l’incite à des relations sexuelles. Il faut dire que Maggie a lu plusieurs fois la trilogie Twilight (qu’elle adore) et que Knodel lui a fait remarquer les similitudes entre leur histoire d’amour et celle de Bella et Edward. Comme les héros de ses livres pour adolescents, ils sont soumis à la passion d’une romance impossible qui les dévore. Maggie intériorise le fait d’être devenue objet secret de convoitise, de désir auprès de son sauveur, le seul qui la comprenne. Elle accepte tout, met son adolescence entre parenthèses et se dévoue à leur amour défendu. Mais lorsque la femme d’Aaron Knodel découvre la liaison qu’entretient son époux avec son élève, tout prend brutalement fin. Il met un terme à leur histoire et lui somme de tout oublier.

Aaron Knodel à la cérémonie le sacrant Professeur de l’année

Quelques années plus tard, Maggie trouve le courage de porter plainte contre celui qu’elle voit désormais comme un agresseur, un adulte de 35 ans qui a pris possession de son corps et de ses émotions alors qu’elle n’avait que 17 ans. 

Mais c’est sans compter sur la popularité du professeur, symbole d’une Amérique qui réussit, élu “Teacher of the Year”. Il a deux enfants, une épouse merveilleuse, une grande maison, un fan club invétéré auprès d’élèves qui ne tarissent pas d’éloges à son sujet. La parole de Maggie est sans cesse remise en doute. Elle est traînée dans la boue sur les réseaux sociaux. Comme elle semble hésitante, mal dans sa peau, puisqu’elle est fille de parents alcooliques, elle est forcément un peu menteuse. Et puis, comment une fille aussi insignifiante aurait-elle pu séduire le talentueux professeur ?

Maggie Wilken pendant le procès

Au bout de long mois, Maggie perd son procès. Knodel est innocenté. End of story.

À la lumière des différentes intrigues, on comprend que la manière dont Maggie et les autres ont été socialisées les rendent esclaves du regard masculin et des dynamiques de pouvoir qui régissent les relations hommes-femmes. Lisa Taddeo offre trois histoires brutes, toutes en nuances, implacables, qui en disent long sur l’étendue et la complexité du désir féminin. La traduction française est disponible depuis cet été chez JC Lattes. 

“My mother never spoke about what she wanted. About what turned her on or off. Sometimes it seemed that she didn’t have any desires of her own. That her sexuality was merely a trail in the woods, the unmarked kind that is made by boots trampling tall grass. And the boots belonged to my father.” 


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