Tests ADN : dis-moi d’où tu viens, je te dirai qui tu es

ll faut savoir d’où on vient pour savoir où on va”, assène l’adage bien connu. L’occasion de se pencher sur la mode des tests ADN, aujourd’hui vendus aux quatre coins du monde. 

Chez moi, la question de l’hérédité ne s’est jamais vraiment posée : mes racines sont supposées être franco-françaises du côté de mon père et franco-allemandes du côté de ma mère. Je n’ai donc jamais été taraudée par mes origines, même s’il est vrai que parfois, je m’interroge, tant mon physique donne lieu à des remarques pour le moins inattendues : “ Toi, tu es scandinave, ça se voit !”, “  C’est dingue comme tu as un physique d’anglaise ! ”, “ Tu viens de Berlin ? ”, ” Tu as des origines polonaises à coup sûr”, “Tu as de la famille en Roumanie ? ” . D’ailleurs, quand je vivais en Angleterre, mes interlocuteurs devinaient rarement (en tous cas, jusqu’à ce que mon accent français, bien de chez nous, finisse par être détecté) mes origines gauloises. Je ne vais pas mentir : c’est vrai que parfois, j’aimerais avoir le fin mot de l’histoire.

C’est cette part incontournable de mystère qu’exploitent les tests ADN. Réservés à la recherche médicale et à la police scientifique, ils sont interdits en France. Mais depuis 2013, ils sont en vente libre aux États-Unis et sont devenus, en moins d’une décennie, un véritable phénomène. Plus de 26 millions de personnes (soit 1 habitant sur 10) auraient déjà effectué ce type de test en Amérique du Nord. Depuis quelques années ils fleurissent aussi en Europe. Se les procurer sur internet est un jeu d’enfant. Les figures de proue de ce business sont 23andme, My Heritage, Ancestry, FamilyTreeDNA, quatre laboratoires qui se partagent un gâteau qui rapporte très gros. 

L’ADN, qu’est-ce que c’est ? 

L’ADN est formé à partir du patrimoine génétique contenu par les ovules, les spermatozoïdes et autres cellules. Ses caractères, transmis par la mère et par le père, se combinent et forment une nouvelle liste de caractères génétiques propre à chaque individu. Le corps humain renferme 50 millions de cellules, qui contiennent chacune l’intégralité de notre patrimoine génétique. Celui-ci présente des similarité chez les personnes qui présentent un lien de parenté, mais il reste toujours unique.  

Dans le cadre des tests, l’ADN est extrait de la salive et séquencé. Ses origines sont déterminées en comparant l’échantillon de référence, chromosome par chromosome, à l’ADN des populations correspondants aux différentes origines ethniques présentes dans le monde.

Et la protection des données ? 

Lorsque j’ai sondé mes contacts Facebook pour savoir qui avait fait le test, peu de français ont répondu positivement. Les réactions de méfiance ne se sont pas fait attendre : “Quid des données personnelles ? Jamais je ne donnerai à ces laboratoires des informations aussi intimes ”. Ces doutes (justifiés !) sur la fiabilité de ces laboratoires ne m’ont guère étonnée de la part de mes compatriotes. Et en effet, plusieurs des laboratoires cités auraient déjà été épinglés pour leur mauvaise utilisation des données de leurs clients. Pour autant, plusieurs dizaines de milliers de Français auraient déjà sauté le pas. Aux États-Unis, beaucoup semblent aujourd’hui prendre leur distance avec la recherche génétique pour cette même raison. La preuve, depuis quelques mois, les tests ADN y feraient moins recette…Ce qui n’empêche pas les tests ADN d’être parmi les cadeaux les plus tendances à offrir à Noël.

Pourquoi est-on si curieux de son ascendance ? 

Qui peut affirmer n’avoir aucun intérêt pour ses racines ? Malgré les risques concernant les données personnelles, le fait que ces tests se trouvent à portée de clic et pour seulement quelques dizaines d’euros continue de convaincre les plus curieux à franchir le pas. Car la recherche ADN répond au besoin de l’individu de connaître ses origines, de comprendre son identité et s’approprier son histoire. À ce sujet, le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Récamier expliquait qu’ “Il ne suffit pas de naître, encore faut-il construire sa naissance au monde ; il ne suffit pas d’avoir reçu la vie, encore faut-il se la donner.”. 

Camille, 25 ans, a fait le test car son ascendance coté paternel était floue. “ On n’a jamais bien su de quelle origine était notre nom de famille. C’est un nom qui peut faire irlandais mais aussi maghrébin. Physiquement, on m’a aussi souvent dit que j’étais typée d’Afrique du Nord, alors que personne n’avait jamais évoqué d’ancêtres nord-africains dans la famille. Le test étant peu cher, je me suis dit que c’était l’occasion d’en avoir le coeur net ! ”. Résultat : pas d’adn nord-africaine mais des origines irlandaises… et italiennes ! “ Ça, c’était la vraie surprise ! Du coup on a fouillé du côté des ancêtres de ma mère, ce qui nous a permis de découvrir que mon arrière-grand-mère était italienne ! ”. 

Ewan, 22 ans, a fait le test pour s’amuser. Et il n’a pas été déçu du voyage : “ Je connaissais mes origines ibères (Espagne et Portugal) mais quand mes résultats sont arrivés, j’ai vu que j’avais aussi des origines ethniques en Europe de l’Est, en Asie centrale et Juives ashkénazes ! Bon, une fois que j’ai su ça, je m’en suis contenté. Je n’ai pas fait plus de recherches que ça, mais j’ai été content de l’avoir fait !

Beaucoup de questions et parfois peu de réponses

Pour Marie, 28 ans, le test a apporté son lot de surprises… Mais ne l’a pas plus éclairée que ça sur ses origines. “ Dans la famille, on a toujours dit qu’on n’était pas très exotiques. Des origines en Bourgogne, à Paris, rien de bien exaltant. Quand le test est revenu, j’ai appris que mon ADN était à 52 % bretonne, irlandaise, écossaise et galloise… 34 % italienne et le reste en Europe de l’Est. La France n’y figure même pas ! On s’est creusé la tête avec mes parents, qui ont pourtant des arbres généalogiques qui remontent assez loin dans le temps, mais on n’a rien trouvé qui corresponde.

Une fois reçus, les résultats ne donnent en effet pas d’informations très détaillées. Comme l’explique Marie, il faut se contenter d’une carte du monde avec des régions encerclées et des pourcentages correspondant au taux d’ADN détecté dans chacune des zones “ Je ne sais vraiment pas quoi en penser. En fait, passé le frisson de la découverte, tout ça me fait une belle jambe ! ” Pour de grandes révélations et l’occasion de réécrire le roman familial, on repassera…


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